Compétition officielle - 23/05/2009
Sushi espagnol
Par Elisabeth Bouvet/ RFI
La 62ème édition se termine comme elle avait commencé avec une cinéaste. Troisième femme en lice pour la Palme d'or, Isabel Coixet clôt la compétition avec son film Map of the Sounds of Tokyo qui marque la première venus de l'Espagnole sur la Croisette.
La fin du Festival a été si laborieuse, si douloureuse même - réunissant en deux jours ce qu'il y avait probablement de moins enthousiasmant dans la programmation -, que la projection du film d'Isabel Coixet a eu un effet apaisant, lénifiant et l'on se serait presque surpris à remercier la cinéaste barcelonaise de nous avoir offert de Map of The Sounds of Tokyo sans prétention ni afféterie. Car à y regarder de plus près, cette jeune femme de 47 ans n'a pas réalisé là un chef d'œuvre, même s'il parvient à diffuser, grâce à la splendeur des images et à l'attention portée à la partition musicale, une belle atmosphère à la fois sensuelle et funèbre.
C'est d'ailleurs avec l'une des plus belles entrées en matière que s'ouvre le film qui se situe donc à Tokyo - mais un Tokyo vivant, habité, filmé de jour contrairement à celui nocturne et abstrait de Gaspar Noé. On assiste à un repas d'affaires entre des Japonais et des Anglo-saxons : sur les tables basses, des « femmes plateaux » sont allongées, nues et recouvertes de mets. « Ils adorent ce qui est vulgaire », observe l'un des patrons japonais présents avant de déplorer qu'il n y ait pas d'autres moyens de faire des affaires. Une introduction façon Lost in translation, histoire de pointer le décalage entre les deux cultures, occidentale et orientale. De fait, le film va réunir un Espagnol et une Japonaise dont les routes vont se croiser à la suite du suicide de la fille du patron écoeuré de manger « des sushis chauds sur le nombril d'une femme ». Ne supportant pas cette disparition, il décide de faire éliminer celui qui fut l'amant de sa fille, un Espagnol qui tient une oenothèque. Une jeune femme, vendeuse de poissons la nuit, tueuse à gages le jour, est payée pour s'acquitter de cette mission.
Racontée par le seul ami de la jeune femme - qui se console de ce désert affectif en mangeant toujours la même sucrerie à la fraise -, un preneur de sons qui enregistrait les bruits et surtout les silences de la poissonnière flingueuse, l'histoire va prendre une direction inattendue. La froide et solitaire tueuse tombe amoureuse de l'Espagnol qui, pour sa part, se sert d'elle pour « ressusciter » sa maîtresse morte, l'emmenant dans des lieux qu'ils avaient l'habitude de fréquenter et l'obligeant à se comporter comme son ex. Deux solitudes, deux douleurs qui, si elles s'étaient rencontrées dans d'autres circonstances, auraient peut-être donné lieu à une relation vraie, sincère et partagée, comme le fait remarquer l'homme qui ne peut se détacher du souvenir de celle qu'il a aimée. Et sacrifiée, la jeune femme l'est doublement puisque connaissant l'existence du contrat qui pèse sur l'Espagnol, elle ira jusqu'à mourir à sa place.
Allusion au Vertigo d'Hitchcock ? Référence au Dernier tango à Paris de Bertolucci ? Hommage à Blow up d'Antonioni à travers le personnage du preneur de sons ? Quoi qu'il en soit, The Map of The Sounds of Tokyo est très en deçà de ses éventuelles modèles. Si les acteurs sont irréprochables, leurs personnages manquent tous un peu d'épaisseur, de consistance, comme si Isabel Coixet n'avait pas réussi à trouver l'articulation qui aurait permis au film de se dépasser et, nous, d'être touchés et bouleversés par cette histoire d'amour impossible et de solitude existentielle.











