Compétition officielle - 21/05/2009 

Les germes du mal

Par Elisabeth Bouvet/ RFI

Pour la 4ème fois 2009, Michael Haneke concourt pour la Palme d'or. Le réalisateur autrichien présente, une fois n'est pas coutume, un film en costumes : Le Ruban blanc qui nous transporte peu de temps avant la déclaration de la Première guerre mondiale, dans un petit village allemand

C'est décidément l'année où les réalisateurs chevronnés s'essayent à des genres qu'ils s'étaient jusqu'alors gardés d'aborder. Ce fut lundi le Britannique Ken Loach qui nous régalait avec sa première comédie, c'est ce jeudi Michael Haneke qui nous présente son tout premier film en costumes. Mais dans un cas comme dans l'autre, les préoccupations voire les obsessions demeurent. Ainsi de l'Autrichien qui, avec Le ruban blanc interroge la violence, le passé comme dans Funny Games (1997) et Caché (2004). 

Contrairement à un Marco Bellocchio qui s'empare d'un fait avéré pour proposer une analyse de son pays l'Italie, Michael Haneke part, lui, d'une histoire dont le narrateur - c'est lui-même qui le dit - ne sait plus si elle est complètement véridique. On est d'emblée davantage dans la fable. Il était donc une fois un village de l'Allemagne du nord, protestante. Aucune indication de date mais compte tenu des costumes, des codes sociaux et du rôle tenu par le baron, l'hobereau de la région, on devine que nous sommes au début du XXe siècle. Et même en 1913, nous sera-t-il précisé peu après. Le film s'écoulant sur une année jusqu'à l'attentat de Sarajevo, en 1914, contre l'archiduc François-Ferdinand Il y a donc toutes les figures qui comptent à cette époque : le baron, le régisseur, l'instituteur (le narrateur), le pasteur, le docteur et les paysans. 

C'est le début de l'été, tout parait calme, routinier, appelé à durer éternellement, une sensation renforcée par l'utilisation du noir et blanc qui nimbe le film d'une beauté « trompeuse » et silencieuse. Car de menus incidents vont, coup sur coup, s'infiltrer dans ce bel ensemble bucolique et mettre à jour de vieilles querelles, de solides rancunes, et des pulsions perverses qui n'attendent qu'à jaillir. C'est d'abord le docteur, victime d'un accident inexpliqué ; ce sont ensuite les choux du baron qui sont décapités avant que son fils ne soit retrouvé, traumatisé par les coups qu'il a reçus. Quelques temps plus tard, une grange brûle, et l'enfant de la sage-femme, un trisomique, est victime de sévices qui le laisseront aveugle. Qui est le coupable ? A vrai dire, autant le révéler tout de suite : le narrateur ne le dira pas, mais le laissera entendre. Dans l'année de leur communion, les enfants sont devenus coupables de crimes abominables. 

Durant le temps de l'enquête, tout le monde soupçonne tout le monde, et dans cette atmosphère de suspicion généralisée, la vérité des êtres - au moins celle-là - finit par affleurer. Et la violence par surgir. Aux plans d'ensemble succèdent des plans rapprochés, pour tenter de serrer au plus près les éventuelles responsables. Où l'on se rend compte que le  comportement des enfants n'est que le résultat d'une éducation abominable, rigide et abusive. C'est ici la révélation d'un cas d'inceste, là, l'obsession du péché qui amène un père à entraver son fils, durant la nuit, pour qu'il renonce ainsi à se masturber, c'est partout, dans tous les couples, une haine qui conduit les maris ou amants à tenir des propos d'un mépris inouïe à l'encontre de leurs épouses ou maîtresses, c'est encore une jeune fille, étouffant sous le poids des interdits, qui massacre le serin de son père avec une paire de ciseaux (l'une des rares fois où l'on verra un jeune exprimer sa violence), c'est enfin le baron qui, voulant rappeler qu'ici, c'est lui l'autorité, congédie tout son personnel sans s'inquiéter de leur sort. 

Michael Haneke décrit un monde au bord de l'explosion, pourri de l'intérieur ; un monde où l'oppression à titre individuel et collectif est partout présente. Le Ruban Blanc que le pasteur  noue aux bras de deux de ses enfants pour les protéger du péché n'y changera rien. C'est même cette génération-là qui, au lendemain de la défaite de 1918, rejoindra les rangs du nazisme. Une génération héritière, nous dit le réalisateur, d'une éducation sadique qui ne pouvait que développer, encourager, entraîner la violence et le crime. Et comme à son habitude, Haneke procède par minuscules touches qui imperceptiblement révèlent les craquelures, les germes du mal derrière la façade prétendument irréprochable d'une société où les pères, en voulant faire le bien, ont engendré le mal. 


Commentaires
  • stan02

    - 25/05/2009

    Bonjour,encore une palme d'or pour un film vu les critiques bien ennuyeux comme l'année derniere.
    Pour moi le festival de cannes se meurt on s'etonne apres qu'il soit bouder par les plus grands.
    Quand a miss hupert antipathique,froide comme la glace,un festival de plus a oublier!!!

  • pepe

    - 22/05/2009

    pas de commentaire?
    normal, personne n'a vu le film!

  • Auditeur et lecteur

    - 21/05/2009

    C'est curieux, on ne voit jamais apparaître de commentaire

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